Gérer son temps : le coût caché de l’impatience

Le Temps c’est de l’Argent ?

 

« Le temps, c’est de l’argent », que veut dire cette expression ressassée ? Que les deux seraient la même chose ?

C’est ce que l’on peut croire, avec l’objectif affiché dans les milieux managériaux de (mieux) gérer son temps, comme un banquier vous recommanderait de mieux gérer votre argent.

Or, même si ces deux ressources partagent des points communs, elles n’en ont pas moins des différences.

Pour les similarités, nous sommes dans les deux cas en présence de ressources limitées : pas assez de temps pour tout faire, pas assez d’argent pour tous les projets. On comprend alors bien la notion de gestion, qui devrait plutôt comprise au sens d’allocation : où cela vaut-il mieux que j’alloue mes ressources limitées ?

 

 

 

Mais le temps ne se gère pas…

 

Passons maintenant aux différences, car « le temps, ce n’est pas tout à fait de l’argent ». Par exemple, le temps ne se gère pas, contrairement à l’argent. Il y a au moins deux différences majeures qui font que le terme « gestion du temps » est une gageure.

 

 

Ce paradigme « Temps = Argent » véhicule des valeurs qui sont autant de fausses routes

 

 

 

En conclusion, il y a derrière tous ces comportements une logique, voire un fantasme, d’optimisation universelle :
« Il doit bien y avoir une manière idéale, un système optimal, pour allouer mon temps et celui de mes collaborateurs, pour que chaque minute soit employée » .

 

Le temps ne se gère pas, il se vit !

 

Trop souvent encore, la manière de juger de l’efficacité de nos collaborateurs repose sur le temps.
Comptez par exemple le nombre d’entreprises que vous connaissez où il n’est pas bien vu de partir tôt ? Ou bien à l’inverse, listez les rares entreprises qui encouragent réellement le télétravail, c’est-à-dire celles qui ont pris le temps de reconsidérer leur relation à notre travail ?
Car autant le temps passé en entreprise est un temps contrôlable, autant le temps passé hors de l’entreprise est source de méfiance et de jalousies…

Enfin, ce temps – pour lequel les entreprises nous paient – est en train de changer de qualité.
La rapidité des échanges (électroniques notamment) a tellement augmenté au cours des deux dernières décennies que notre relation à l’agenda a changé. Certes, une seconde vaut toujours le même nombre d’oscillations d’un atome de Césium qu’il y a 20 ans, mais notre relation à cette seconde, ou à ses 60 sœurs qui forment une minute, a évolué dans le sens d’une accélération.

Nous connaissons tous ce syndrome qui nous frappe quand nous avons envoyé un mail important : nous aimerions avoir une réponse dans la minute… Et nos chefs, leurs dirigeants, et tous les décideurs, vivent probablement ce même syndrome, mais de manière amplifiée. Pour les satisfaire, il faudrait répondre instantanément.

 

Ainsi, face à une demande de « apprenez-nous à mieux gérer notre temps« , nous proposons de plus en plus souvent de travailler aussi sur la gestion de l’impatience – notamment celle des autres…

 

 

 

Christophe Thibierge

Professeur de Finance, Coach et Consultant

c.thibierge@groupeh2h.com

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