« Apprenez à gérer vos priorités ! » : petit guide de traduction instantanée

10h du matin, le chef déboule dans le bureau de Philippe : « La hiérarchie demande ça pour cet après-midi ».
Philippe, plutôt de tempérament conciliant, commet l’erreur (!) de rappeler qu’il est en train de travailler sur un autre projet stratégique, et demande : « Dois-je me mettre sur cette nouvelle mission toutes affaires cessantes ? »

Le manager regarde Philippe comme s’il était un demeuré : « Bien sûr que non, mais il faut apprendre à gérer vos priorités ! »
Puis il s’en va disrupter ou énergiser d’autres collaborateurs.

Philippe rumine, tortille un trombone, et commence à jeter des notes sur un bloc.

Lisons le titre par-dessus son épaule : « Quand ton chef te dit… en fait, voilà ce qu’il faut entendre ».

Un peu plus tard dans la journée, nous démarrons notre séance de coaching, et Philippe me commente la liste qu’il a constituée depuis ce matin.

 

Il faut anticiper !

 

« C’est la culture dominante, qui repose sur la planification, et le suivi des étapes (génération du Kanban et des diagrammes Pert). Cette culture a fait ses preuves, à tel point que pour beaucoup d’entreprises, c’est la seule qui marche. Mais dans ce cas, pourquoi les méthodes de programmation récente se sont-elles détournées de cette logique de planification, pour passer aux « méthodes agiles » ? Et pourquoi de grandes institutions financières commencent-elles à héberger des incubateurs de startups, sinon pour s’inspirer de méthodes différentes, qui permettent des tests d’idées plus rapides ? »

 

Je vous ai inscrit à une formation sur la gestion des priorités…

 

« Cette phrase, ou ses variantes, reposent sur plusieurs croyances très souvent discutables.

Commentaire personnel du coach : en pratique, on constate souvent auprès de nos clients que ce prétendu problème des priorités reflète souvent, en miroir, un manque de clarté des attentes des managers. Si les attentes ne sont pas clairement explicitées par le manager, ou mises à jour par le collaborateur, alors ce dernier ne saura pas où l’on veut qu’il alloue « ses » priorités. Cela sera source d’incompréhension, de frustrations et probablement de démotivation.

 

Il faut savoir faire plusieurs choses à la fois !

 

« Ca devient impossible de se concentrer, d’aller au bout d’un sujet, et de ne rien oublier. Le temps que je perds à chaque fois que je suis interrompu… et pourtant, « être multi-tâches » est encore et toujours brandi comme le critère décisif qui fait les meilleurs managers. »

Commentaire personnel du coach : une croyance encore très répandue en effet, alors même que les neurosciences ont montré que le cerveau humain (qu’il soit masculin ou féminin) est linéaire dans son approche des tâches à accomplir. Inutile de rajouter que notre environnement favorise beaucoup plus le zapping qu’il y a une dizaine d’années, avec de plus en plus d’interruptions et de sollicitations.

 

C’est urgent, puisque c’est demandé par la hiérarchie !

 

« Ce que le chef oublie souvent, et c’est dommage, c’est qu’il ne fait que relayer une demande pressante sans avoir pesé la légitimité de cette demande sur ses équipes. S’il prend un pas de recul, il analysera – ou demandera – quel est l’objectif de la demande, quel est son degré d’urgence, et quel objectif elle est susceptible de servir. À charge, après cela, de jouer son rôle d’aiguilleur, c’est-à-dire décider comment (et quand) il nous transmet cette demande. »

 

Avant de quitter Philippe – qui a du travail à faire – je lui demande ce qu’il va faire pour cette tâche urgente demandée par son chef. Nous en discutons, et nous arrivons aux 3 étapes suivantes :

 

 

 

Philippe argumente qu’il en a besoin pour lui-même et pour ses équipes, dans un objectif d’amélioration permanente. Et le chef n’est jamais mécontent de voir son expertise sollicitée.
Mais cela sert aussi un autre objectif : contribuer à faire émerger, peu à peu, des attentes managériales plus claires, dont Philippe prendra bonne note.

« Et cela contribue à ce que vous parliez avec votre chef trois fois au lieu d’une seule ».

Philippe sourit, il y avait pensé, bien sûr. Lui-même passe beaucoup de temps à dialoguer avec son équipe, et a beaucoup appris de ces feedbacks sur l’importance du cadrage et des objectifs clairs…

 

 

Christophe Thibierge

Professeur de Finance, Coach et Consultant

c.thibierge@groupeh2h.com

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