Mini-série en 4 épisodes sur le contrôle et l’incertitude.

Dans l’épisode 1, Hannibal, fidèle a sa stratégie des plans sans accroc, nous a présenté “Pourquoi on veut tout contrôler”. Dans cette épisode 2, Edgar Morin pour l’instant dans les cordes prend la parole. Va t’il réussir sa remontada ?

Retour au match.

Edgar Morin va devoir ramer pour faire remonter à la surface son concept de « mer d’incertitude ». Yeux mi-clos, voix feutrée mais vibrante, il prend la parole : « Peut-on jamais réfréner une pensée ? » C’est ainsi que François Bégaudeau commence son « Histoire de ta bêtise ». Cher Hannibal, je ne te ferai pas l’affront de penser ta pensée comme bête. Tout simplement parce que je la comprends. Non seulement je la comprends mais je la vis. Les réactions que tu as décrites, je les ai vécues, ressenties. J’ai agi comme ça. J’agis encore aujourd’hui ainsi. Moi aussi j’ai été accro aux plans sans accroc.

Au final, je m’aperçois que je poursuis les mêmes buts que toi (être rassuré, bien dans mes pompes, savoir où je vais et comment y aller en souffrant le moins possible). Il faut du souffle pour affronter les vagues de la vie. Les chemins que je prends te semblent plus escarpés, la terre que je foule plus meuble. C’est vrai.

Pourtant, il me parait dangereux de vouloir tout contrôler. Et important de prendre appui sur le réel plutôt que de le nier. Pourquoi ? Laisse-moi te le dire… »

Edgar Morin va apparemment se permettre quelques rebonds, d’ilots en ilots, comme des bulles de respiration.

Episode 2 : Pourquoi est-il impossible voire dangereux de vouloir tout contrôler ?

  • Pour être rassuré(e), attention à ne pas tuer la peur !

Il est important d’être rassuré(e) pour analyser, décider et agir de la manière la plus adéquate possible en situation d’incertitude.

Planifier est une belle invention pour atteindre ce but. Cependant, vouloir contrôler l’incertitude pour éradiquer la peur (qui est le plan du plan sans accroc) … n’empêche pas la peur d’être présente. Elle risque même de la démultiplier !

Pour comprendre ce postulat contre-intuitif, revenons un instant sur le fonctionnement des émotions. Les émotions sont des réactions soudaines de tout notre organisme (avec des composantes cognitives, physiologiques, comportementales) qui nous permettent de nous adapter à notre environnement. Ressentir des émotions est donc naturel et plutôt une bonne nouvelle car la manifestation que nous sommes vivants !

Derrière chaque émotion se cache un message positif et bienveillant. Tuer sa peur est contreproductif car plus une émotion est tue plus elle va vouloir se faire entendre, prendre de l’importance (le même fonctionnement est à l’œuvre pour les autres émotions primaires dites désagréables : colère, tristesse, dégoût). C’est ainsi que la peur peut se transformer en anxiété, en angoisse, en crise de panique.

L’enjeu consiste donc à gérer sa peur, entendre son message afin de ne pas créer et se laisser embarquer par une vague émotionnelle. Vague qui viendrait saturer notre néocortex (siège de nos capacités cognitives et de notre intelligence adaptative) et altérer notre capacité à… établir des plans lucidement.

 

  • Faire du bien à notre ego c’est doser la confiance, et oser la non-confiance

Loin de moi l’idée de vouloir tuer l’ego. L’ego est utile et sans lui c’est tout notre être psychique qui s’effondre comme un château de cartes. Affirmer ses idées, ses croyances est indispensable.

Les choses se compliquent quand la confiance, excessive et décorrélée de fondement, devient (im)posture. C’est ce qu’on appelle l’effet Dunning-Kruger (aussi appelé « effet de surconfiance »*), ce biais cognitif selon lequel les moins qualifiés dans un domaine surestiment leur compétence.

Couplé à notre besoin de se réapproprier du sens coûte que coûte en situation d’incertitude (le besoin de se rassurer évoqué plus haut), il peut avoir un effet explosif !

(moins la personne possède de compétences, moins elle est à même de savoir qu’elle est ignorante)

Un exemple ? Vous voulez un exemple ? Ok !

Qui n’y est pas allé de son petit couplet d’expert médical pour lutter contre le Covid19 pendant le confinement ? Allez, dites-le, on est entre nous là. Moi je me suis surpris à avoir Bac+12 sur certaines conversations (smiley lunettes de soleil) !

Un autre exemple ? Heu… non, je ne suis pas à votre service non plus ! Mais comme vous m’êtes sympathique une citation de Coluche sur le sujet :

« L’intelligence, c’est la chose la mieux répartie chez les hommes n’est-ce pas, parce que, quoi qu’il en soit pourvu, il a toujours l’impression d’en avoir assez, vu que c’est avec ça qu’il juge, hein ! »

Relationnellement également, trop de confiance tue la confiance.

Nous sommes des êtres relationnels. La confiance en soi seule n’existe pas. La confiance se nourrit et s’exprime également dans le rapport aux autres, dans le regard que l’autre porte sur nous. La confiance appelle la confiance certes. C’est un cercle vertueux qui ouvre de nombreuses portes. Mais attention : trop de confiance tue la confiance. Se montrer confiant 100% du temps n’est pas une preuve… de confiance. Vouloir la contrôler apparait comme une dissonance. Parce que la confiance n’est pas un état permanent : elle dépend des situations. Alors le disque s’enraye et le cercle devient vicieux : confiance, méfiance, défiance.

Avoir vraiment, pleinement confiance, c’est non seulement accepter que le doute m’habite, mais même vouloir qu’avec la confiance elles cohabitent, pour se nourrir mutuellement. Car finalement la confiance n’est pas une absence mais une suspension du doute (pendant le temps de l’action).

Autoriser cette cohabitation chez soi et la permettre chez les autres, c’est s’ouvrir aux liens de confiance durables et authentiques qui libèrent. C’est ce que Charles Pépin, philosophe, appelle la « grâce relationnelle »**.

 

  • S’engager à fond dans l’action… et sortir la tête du guidon

La détermination dans l’action est un gage de succès c’est vrai. Encore faut-il agir juste !

Vous connaissez l’histoire du policier et de l’homme éméché qui cherche ses clés sous un lampadaire ? Non ? Alors je m’en vais vous la raconter !

Chers/ères lecteurs/trices, pour plus de réalisme merci de lire dans votre tête les tirades de ce monsieur en faisant l’accent du mec ivre.

Le policier – Je peux vous aider, qu’est-ce que vous faites ?
L’homme – Je cherche mes clés de voiture, monsieur l’agent.
Le policier – Vous les avez perdues par ici ?
L’homme – Non, elles sont tombées dans l’allée.

(Voyant l’air déconcerté de l’agent, il s’empresse d’ajouter) Mais c’est beaucoup mieux éclairé ici !

Voilà ce qui peut arriver quand on est aveuglé, obnubilé par la réalisation du plan et qu’on perd de vue l’objectif. Avec les œillères de la certitude, difficile de voir les menaces qui pourraient se présenter. Ce risque est amplifié par notre tendance à sélectionner uniquement les informations qui confirment des croyances ou des idées préexistantes. Dans la famille des biais cognitifs je voudrais cette fois-ci le père : le biais de confirmation.

L’excellence dans l’action, c’est être capable de faire des mises à jour du monde, de confronter ses certitudes, de s’enrichir d’autres réalités : celles que nous ne sommes pas capables de voir individuellement ou même en équipe (quand par exemple la pression de conformité n’autorise pas les avis divergents).

Je me souviens d’une interview de Michel Serres qui s’amusait, avec son accent rocailleux et son sourire malicieux, de la duplicité du mot « tendre », qui exprime tout à la fois la tension (on dit d’ailleurs « être tendu vers l’action ») et la tendresse. Cette tendresse est comme un appel à retrouver de la liberté… d’action ! Une manière de se libérer de l’enjeu, sortir des rails pour (se) surprendre et profiter du potentiel de la situation (ah qu’elle fait du bien cette petite amortie rétro juste derrière le filet pour surprendre notre adversaire qui prend le dessus à l’échange ! Smiley bandeau de tennisman !).

 

  • Pour gagner du temps, faut-il l’accélérer ou le densifier (le remplir de valeur) ?***

La promesse du plan sans accroc c’est de sécuriser le temps. De se prémunir des risques donc d’avoir un ROI garanti. Et grâce à un itinéraire préétabli de gagner du temps.
Mais n’est-ce pas une illusion ?

On sait depuis Alfred Korzybski que « la carte n’est pas le territoire » et que sur la question du temps, nous dit Bergson, il faut distinguer deux types de temps. Quand le temps objectif, mathématique, mesurable, celui de l’horloge est utile pour cartographier le réel, c’est vers le temps de la durée, du vécu, du ressenti qu’il faut se tourner pour « parcourir » le réel.

Or aujourd’hui dans notre monde ultra connecté, c’est le temps de l’horloge qui prédomine. Tel le Lapin blanc dans Alice au Pays des merveilles (« en r’tard, en r’tard, j’ai rendez-vous quelq’part, je n’ai pas l’temps de dire au r’voir, je suis en r’tard, en r’tard ! »), plus on accélère moins on a l’impression d’AVOIR le temps. Par pêché d’orgueil, on envisage le temps comme une entité qu’on pourrait posséder. Donc sous le mode de l’avoir. Peut-être est-il temps de réenvisager le temps sous le mode de l’ÊTRE, en prenant conscience que le temps est constitutif, essentiel dans l’existence de l’Humain, (Heidegger parle de « l’être au monde » ; 3 philosophes cités en 3 phrases, c’est le super bingoooo ! Je gagne un truc là non ?).

Et si ce qui donnait vraiment de la valeur ajoutée (et de la chaleur ajoutée) au temps, c’était moins la qualité que la quantité. C’est-à-dire par notre faculté à être dans le présent, dans « l’ici et  maintenant », d’avoir pour objectif de dilater le temps, d’être pleinement, intensément disponible, à l’écoute des autres et du monde comme si chaque seconde contenait l’éternité.

Et si le véritable ROI se cachait là ? Dans notre faculté à sortir la tête des chiffres et du reporting (ce temps de dingue passé à expliquer ce qui ne s’est PAS passé par rapport à ce qui aurait DÛ se passer !) pour vivre pleinement le présent, avec ses risques et ses opportunités.

Dans notre faculté à envisager la performance dans le temps, de manière plus réaliste, en sachant gérer les temps forts et les temps faibles (ou « fertiles », « féconds » plutôt) en prenant l’exemple de la musique où les silences, les soupirs donnent du relief, de la vie, de la force).

Dans notre faculté à donner le temps aux organisations de se transformer (littéralement « être en train de se donner forme », c’est-à-dire « devenir ») avec du temps continu plutôt que de vouloir imposer des changements radicaux (en passant brutalement et à marche forcée de l’état initial à l’état final… ce qui, sur le territoire, crée des résistances… et fait « perdre » du temps !).

Avoir un plan c’est avoir la volonté dans le présent de contrôler le futur, les yeux rivés sur le passé. Pourtant le futur existe dans le présent sous la forme d’une potentialité, non encore actualisée.

 

  • Renforcer son leadership et son pouvoir en les partageant, c’est possible ?

Se positionner au centre, être un repère pour cadrer, coordonner le travail de l’équipe est utile pour favoriser l’atteinte d’un résultat en collectif.

Mais pour un manager, se cantonner au rôle de donneur d’ordre (inhérent au mode de management « command and control ») n’est pas garantie d’efficacité et coupe souvent l’équipe de son potentiel et de ses ressources.

Si cette phrase vous parait bizarre c’est que vous êtes peut-être victime du syndrome du manager tout puissant (rien de grave rassurez-vous, c’est même plutôt une bonne nouvelle de l’apprendre). Bravo de vouloir prendre à bras le corps vos responsabilités de manager. Mais être responsable ne veut pas dire tout savoir toujours parfaitement et plus/mieux/avant les autres (promesse explosive car intenable).

Vouloir s’en tenir à tout prix à ce rôle de super expert(e) incollable, c’est même exposer son équipe à plusieurs risques (paradoxal pour qui normalement veut les contrôler au maximum !) : dans l’ordre croissant, des mauvaises décisions (nul n’est omniscient), un manque de réactivité (quand le décideur n’est pas disponible c’est tout le système qui s’arrête), la contre-performance ou l’échec (nul n’est infaillible; ce n’est que quand Michael Jordan, déjà meilleur basketteur de NBA, a décidé de jouer aussi pour l’équipe qu’il est devenu le plus grand et a commencé à enchainer les titres : « The Last Dance », un bijou de documentaire pour tous les amoureux de sport !).

Au contraire, accepter ses limites (avez-vous vu à quel point rien ne s’effondre réellement quand on ose dire « je ne sais pas »), savoir demander de l’aide, ouvrir et partager son leadership et son pouvoir… c’est donner l’opportunité aux personnes autour de développer leur expertise, leur créativité, leur autonomie, leur capacité de décision. Autant de montées en compétences qui accroissent le niveau global de l’équipe. Un leader se mesure d’ailleurs au nombre de leaders qu’il/elle contribue à faire éclore autour de lui/elle.

Mais puisque la performance d’une équipe est plus que la somme des performances individuelles (vous savez, le fameux « 1+1=3 », quand la qualité des interactions entre les membres de l’équipe font tout la différence), la posture du leader est également cruciale pour emmener l’équipe vers l’excellence (appelée « Equipe performante » chez Vincent Lenhardt ou « Stade d’intelligence collective » chez Olivier Devillard****).

Comme un jardinier face à une plante à l’étroit dans un petit pot, il va savoir accompagner la croissance de l’équipe : préparer la terre, bouturer les expertises, tailler et arroser les relations, fortifier le sens et entre humilité et ambition, respecter le rythme, la pulsation de cet organisme vivant pour faciliter son éclosion (car ce n’est pas en tirant sur une fleur qu’elle pousse plus vite). Avec l’objectif de construire ce supplément d’âme (la magie c’est quand l’âme agit) qui font les équipes efficaces, inspirées et résilientes (même et surtout quand la tempête est si forte qu’elle balaie les feuilles fragiles des plans sans accroc).

Magnifique ! Quel match ! Quelle remontada !!!

Hannibal accuse le coup, son sourire Colgate caractéristique laisse place à un sourire crispé de circonstance. Les spectacteurs sont en délire !

(Peut-être que vous aussi derrière votre écran. Si c’est le cas, CALMEZ-VOUS !!! Non mais oooh ! C’est sérieux la vie, le management).

 

Qui aura le dernier mot ? C’est en tout cas la question que tout le monde se pose !

La tension est insoutenable. L’interrogation totale. Après leurs deux exposés magistraux, Edgar Morin et Hannibal se retrouvent désormais face à face, yeux dans les yeux. Immobiles. De longues secondes. Comme à la recherche d’un second souffle. Que nous réservent-t-ils encore ?

Soudain, dans un même élan, un pas. Puis deux. L’un vers l’autre. Désormais à porter de main, le frenchy et le yankee semblent prêts à porter le coup de grâce. Mais, sous le regard médusé des spectateurs tout à coup muets, les 2 hommes s’empoignent pour danser. Oui vous avez bien entendu.

Ils dansent ! Ils dansent !!! Mais pourquoi ? (suite au prochain épisode).

Par Sébastien Ramos

Notes :

* Pour aller plus loin sur l’effet Dunning-Kruger (aussi appelé « effet de surconfiance ») https://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_Dunning-Kruger
** Charles Pépin, La confiance en soi, Allary Editions
*** Paragraphe librement inspiré de la conférence de Marion Genaivre, philosophe lors d’Eklore RH à Sciences Po https://www.youtube.com/watch?v=QvPYhYGnclc
**** Théories développées dans « Les Responsables porteurs de sens » de Vincent Lenhart et « Dynamiques d’équipes » d’Olivier Devillard

« Edgar Morin vs Hannibal (de l’Agence tous risques) » : que faire face à l’incertitude ?

Chers lecteurs/trices, chers dirigeant(e)s, chers managers, merci de nous avoir rejoints pour ce combat sous haute tension !
Nous avons là 2 punchlines qui induisent un rapport différent à la peur, à l’ego, à l’action, au temps, au leadership ; 2 philosophies de vie face une interrogation : que faire quand la vie nous échappe ? Quel discours tenir face à l’incertitude ?

Attachez bien vos chaussures scratch pour ce match de tchatche (pas de catch) pour trouver le meilleur patch contre l’incertitude et éviter qu’on ne se crasche !

C’est parti !

Episode 1 : Pourquoi veut-on tout contrôler

Temps de lecture : 5 mn

(Sauf si vous lisez tout. Là ça monte à 10 mn. En même temps vous venez déjà de perdre une bonne demi-minute en vous posant la question, non ? Bon on y va ?!!)

A ma gauche :

On l’appelle « le complexe décomplexé », l’« homme-orchestre de la pensée », le « résistant du prêt à penser », il mesure 1m66 pour 60 kg (veuillez excuser Monsieur Morin le dévoilement de ces mensurations non vérifiées… c’est pour la mise en scène de l’article, vous savez ce que c’est de nos jours, le buzz, le raccourci, le clash…), j’ai nommé : Ed-gaRRRRRR MORIN !!!!!

Sa punchline :

« Nous essayons de nous entourer d’un maximum de certitudes, mais vivre, c’est naviguer dans une mer d’incertitudes, à travers des îlots et des archipels de certitudes sur lesquels on se ravitaille… » (article paru le 6 avril 2020 dans le CNRS Le Journal).

A ma droite :

Tout droit venu des United States of America, on l’appelle le « fumeur de cigare Yankee » ou encore « le cerveau de l’Agence tous risques », il mesure 1,85m pour 80kg (sorry Mister Hannibal to reveal your… anyway please read lines above, I have to keep my readers hot !), on ne le présente plus, l’ancien colonel John Smith plus connu sous le blaze de : « Hanni-balllll !!!!! »

Sa punchline :

« J’adore quand un plan se déroule sans accroc ! »

POURQUOI ON VEUT TOUT CONTROLER ?

(Vous l’avez compris, c’est l’ami Hannibal qui prend la main !)

« Tout est sous contrôle » : qu’il est doux à nos oreilles d’entendre cette sentence quand tout s’agite en et autour de nous. A la seconde où cette phrase est lâchée, on se redresse, on respire, le pouls décélère. Qu’on la dise ou qu’on l’entende d’ailleurs.

Pourquoi ? Pourquoi nous voulons à ce point contrôler ? Pourquoi est-ce si confortable d’avoir un « plan qui se déroule sans accroc » ?

 

  • Parce que ça nous rassure

Dans la perspective évolutionniste, l’humain (comme tous les organismes vivants d’ailleurs) n’a qu’un seul but : la survie. Nous avons besoin de stabilité, de connu. Dans les situations où les options sont trop nombreuses, tout ce qui n’est pas sous contrôle (l’inconnu) représente donc des menaces potentielles à notre survie.

Nous ressentons de la peur, sommes en alerte plus ou moins constante (en fonction de l’intensité perçue de la menace). Et c’est fatigant quoi ! Il faut absolument trouver une explication, appréhender le réel coûte que coûte.

Dans cette histoire, notre cerveau est complice puisque ces menaces sont autant de questions auxquelles il est programmé à répondre. Face à une question le cerveau se met en alerte, il ne peut faire autrement que de chercher la réponse. Ce processus de recherche de solution crée des connexions avec ce que l’on sait déjà et favorise le stockage de l’information.

Nous ne pouvons laisser une question sans réponse et y apporter une réponse permet de réduire les potentialités (autrement dit, réduire la complexité). J’en veux pour preuve cet animateur radio d’une matinale qui ne peut s’empêcher de répondre à la question de la publicité qui annonce la séquence météo (Publicité d’une mutuelle « Et vous ? Comment ça va ? » ; L’animateur, 1 fois sur 2, reprenant la main pour présenter la journaliste météo « Ca va ! Retrouvons maintenant Marie-Pierre Planchon… etc. » !).

 

  • Parce que ça fait du bien à notre ego

Contrôler, avoir un plan coûte que coûte (quel qu’il soit), avoir une opinion permet de se positionner et là aussi de nous stabiliser. De stabiliser notre identité en renforçant nos croyances. Et de nourrir nos besoins d’estime (ma valeur) et de confiance (ma capacité).

Ces bénéfices intrapersonnels nous font du bien. Tout comme ceux engrangés par l’image sociale de confiance que nous renvoyons. Afficher cette image de confiance (non le doute ne m’habite pas), d’assurance dans l’action.

Dialogue silencieux :

  • « J’en suis sûr et certain, c’est vers là qu’il faut aller, le doute ne m’habite pas (car c’est bien connu, les leaders ne doutent pas) »

(NDLR – Les personnages de la série Mad Men, notamment quand ils sont en rdv client, illustrent à merveille cet état d’esprit ; ou encore le Président américain lors de la saison 8 d’Homeland.

Oui j’avoue… le confinement est passé par là !)

  • « Wahou, cette personne sait où elle Elle fonce, ne tergiverse pas. C’est impressionnant ! ».

Cette confiance (c’est-à-dire penser que l’on est capable d’agir de manière adéquate dans les situations nouvelles et/ou importantes) se ressent dans l’action. Justement l’action…

 

  • Parce que ça ne parasite pas l’action : on avance sans se poser de question !

Analyse ok. Décision ok. Action GO !

LE plan est décidé. C’est LE bon. Il est temps de passer à l’action. C’est d’ailleurs tout ce qui compte. L’action est vertueuse !

D’une part car l’action soulage le stress. D’autre part car passer à l’action c’est devenir acteur, reprendre une marge de manœuvre dans sa vie, rendre tangible sa volonté. C’est l’opportunité de se réaliser.

Et puis l’action c’est facile : il suffit de suivre le plan. Et de mesurer régulièrement les écarts par rapports à ce dernier.

 

  • Parce qu’on gagne du temps

Même le temps (qui, on ne va pas se le cacher est quand même un incroyable amplificateur de complexité : quand les Humains installeront-ils l’option « lecture du futur » ?), est maitrisé grâce au contrôle que nous confère le plan. Oui. Parfaitement. Puisque seuls les éléments décidés dans le passé au moment où le plan a été défini, sont à observer dans le présent et le futur.

Avouez que ça facilite quand même grandement la tâche ! Finalement, avoir un plan c’est l’opportunité de réduire le réel à une sorte de tuyau spatio-temporel qui limite les sources de nuisance. Il est quand même beaucoup plus confortable de prendre l’autoroute que d’imaginer au fur et à mesure un itinéraire !

Quand un plan est bon, finalement c’est comme si le temps s’arrêtait, ou presque.

 

  • Parce que ça clarifie le leadership

Ce paragraphe pourrait se résumer en 1 mot clé : l’unité.

Un plan qui se déroule sans accroc c’est 1 chef qui établit ledit plan (il/elle a d’ailleurs une expertise pour ça) et les autres qui exécutent, chacun dans 1 territoire d’expertise. Autrement dit : « Je pense donc tu suis ».

Les exécutants sont forcément motivés et engagés puisque c’est rationnellement LE meilleur plan. La confiance est là. Si les résultats attendus ne sont pas au rendez-vous, la défaillance vient de l’application du plan.

Oui, là parfois, ça pêche. Mais en recadrant et en intensifiant les efforts, tout rentre généralement dans l’ordre. Et sinon le chef fait à la place des défaillants. Oui, il/elle a aussi cette expertise.

C’est qui le patron ?!!

La cohésion du groupe fonctionne plutôt bien, merci pour elle. Il y a parfois même des blagues lors de la réunion de suivi des résultats prévisionnels de chacun. Mais là n’est pas l’essentiel puisque chacun sait ce qu’il a à faire dans son domaine. Ce qui fortifie une collection d’individus, c’est réussir. Et comme le plan va se dérouler sans accroc, on va réussir.

En termes de communication, le message est simple. Parfois même l’explication du plan n’est pas nécessaire, puisque ce qui importe c’est que les choses soient bien claires dans leur domaine d’expertise.

Résumé : 1 chef, 1 équipe derrière, pas 1 tête qui dépasse. L’unité.

Hannibal ne laisse à personne le soin de faire sa conclusion :

« Comme je viens de vous le démontrer sans accroc (sourire et clin d’œil caméra), ma méthode est la bonne ! Dans les 3 temps des situations d’incertitude (analyse, décision, action) les bénéfices sont là. Ce n’est pas compliqué de faire simple ! C’est ce que les théories de la complexité, dont tout le monde se gargarise en ce moment… ont peut-être oublié (mic drop à la Obama, départ en moonwalk). »

Oh, cette déculottée !

Edgar Morin est dans les cordes, comme impuissant face à cette attaque éclair. Ca semble terminé. Il n’y a pas eu match. Hannibal, comme aux plus belles heures de la série semble nous dire avec sa confiance XXL, « Allez, roule Barracuda ! ». Les « Remboursez ! Remboursez ! » commencent à descendre des tribunes. Circulez, il n’y a plus rien à voir. Rideaux. A vous les studios !

A moins que… attendez ! (suite au prochain épisode)

 

Par Sébastien Ramos

Une réflexion, comme réponse à des interrogations personnelles.

Je m’interroge depuis des années sur le sujet du temps, je vis un rapport compliqué avec celui-ci.
Je me retrouve tous les jours personnellement confronté à des comportements paradoxaux.
Entre la conviction très forte qu’il me faut ralentir, pour reprendre mon souffle, pour voir plus clair, pour envisager mon environnement plus globalement ou tout simplement pour savourer un peu plus tous ces instants autour de moi.

Mais voilà, il y a cette conviction, cet empirique besoin et la réalité. Je suis continuellement emporté dans un tourbillon de contraintes, d’obligations, à surveiller l’heure qui passe, à courir après le temps, à m’agacer de toutes ces choses qui ne se font pas ….

J’ai l’impression de ne pas être le seul à ressentir ce tiraillement.

Mon but via ces quelques lignes et de partager un sentiment. J’aurais pu travailler sur le thème du temps dans différentes approche, méthode, citer des auteurs, le temps dans la Gestalt, la systémique, l’AT, chez Carl Rogers ou un autre ……

Pour plusieurs raisons je ne le ferai pas, premièrement cela serait trop académique et cela ne me ressemble pas, deuxièmement il me faudrait une vie pour tout parcourir et je n’ai pas ce temps devant moi, troisièmement je pense qu’il faut ressentir notre rapport au temps.

 

Accélération ou lenteur nécessaire ?

Il a fallu 9 milliards d’années pour créer la vie, encore 2,5 milliards pour que l’australopithèque commence à marcher debout.
Le compas et la boussole ont été les rois des outils pendant des siècles, le papyrus et le papier ont conduit à l’invention de l’imprimerie mais il aura fallu des siècles.

Maintenant le rythme technologique est de devenu hystérique.
L’explosion récente de l’informatique, sur les 40 dernières années a modifié nos sociétés, l’économie et nos vies sont régies par l’informatique. Internet a ouvert les accès sur le monde extérieur, réduit les distances et le temps. Le téléphone mobile s’est diffusé plus rapidement en 10 ans que le téléphone fixe en 100 ans.

S’ils étaient confrontés brutalement, il y aurait presque plus de points communs entre un homme préhistorique et un paysan du moyen âge, qu’entre un parent du 20ième siècle et son enfant du 21ième siècle, confronté à un monde d’interfaces tactiles.

Étourdissant.

Pour contre balancer cette « hystérie », j’aime particulièrement ce passage de Kundera « La lenteur » :

« Les êtres lents n’avaient pas bonne réputation. On les disait empotés, on les prétendait maladroits, même s’ils exécutaient des gestes difficiles. On les croyait lourdauds, même quand ils avançaient avec une certaine grâce. On les soupçonnait de ne pas mettre beaucoup de cœur à l’ouvrage. On leur préférait les dégourdis – ceux qui, d’une main leste, savent desservir une table, entendre à mi-voix les ordres et s’empresser à les réaliser et qui, enfin, triomphent dans le calcul mental (…). J’ai choisi mon camp, celui de la lenteur. J’éprouvais trop d’affection pour les méandres du Lot, un petit paresseux, et pour cette lumière qui en septembre s’attarde sur les derniers fruits de l’été et décline insensiblement.
La lenteur c’était à mes yeux la tendresse, le respect la grâce dont les hommes et les éléments sont parfois capable.
»

Comment retrouver cette grâce ? Peut-être devons-nous revenir à cet état de lenteur.

 

Et dans nos vies ?

Aujourd’hui, notre façon de vivre est soumise irrémédiablement à une pression que nous ne dominons pas.

Les horaires nous écrasent et imposent de faire un choix, d’arbitrer constamment notre vie, de négocier avec notre temps privé.
Il y a l’heure sur le micro-onde, sur le four, sur notre box internet, sur cette grande horloge qui pourtant n’a comme vocation que de décorer notre intérieur. Nous vivons dans un open-space, avec des portables, des téléphones mobiles, des messageries instantanées qui nous sollicitent continuellement, des mails qui tombent sans cesse, tout est là, tout est urgent.

Les heures s’enchainent, comme nos pas, soutenus par un tempo immuable, sans rituels autre que de vérifier ses mails, ses textos, ses notifications, le soir avant de se coucher, dans une vraie hantise contrôlée par les minutes et les secondes et par un besoin de virtuelles interactions …

Pas de temps à perdre, pas de démarche silencieuse.

On veut et on doit à tout prix atteindre nos objectifs, le plus rapidement possible.

Il faut à tout prix miser sur les résultats, toujours les résultats.
Le rythme de nos activités devient impitoyable, contre nature, contre-productif ?

– Pourquoi aller vite, comment y arriver ?
– Pourquoi ralentir serait préférable à l’accélération ?
– Comment (re)trouver le temps du sens ou le sens du temps ?
– Comment trouver notre place dans un monde en perpétuel accélération ?
– La technologie nous entraîne-t-elle de manière irrémédiable dans la virtualité et l’immédiateté ?

Un unique objectif : tout dépasser, nous dépasser.

Qui n’a pas vécu cette situation tant sur le plan personnel que professionnel, se sentir dépassé par les objectifs, ne plus avoir de temps pour tout traiter ou de temps pour soi.

Pour atteindre la performance, comme tout sportif de haut niveau il faut respirer. La performance collective dépendra de la performance individuelle.

 

Et après demain ?

Avez-vous remarqué à quel point le futur s’est rapproché de nous ?

Un jour alors que je regardais avec mes enfants un film, l’action se déroulait dans un futur lointain, celui de 2054.
2054 tout de même, alors que nous n’étions pas encore fin 2019 pour un film datant de 2002. Voilà tout simplement ma fille de 11 ans, qui rassasiée par ces 2h d’images me fait remarquer qu’il n’y a rien de bien futuriste dans ce film.
En 2002 on pouvait encore un peu se projeter dans un monde futuriste, 2019 ce n’est déjà plus le futur, il est déjà presque réalisé.

Là où moi j’ai une conception linéaire du temps, le présent est une conséquence du passé et la cause d’un futur, pour elle, il semble que le temps fait le chemin inverse, le futur vient au final provoquer le présent, les deux se confondent.

Pour elle le futur est déjà présent, mais il y a quoi après.
Parce que quand le futur est déjà là, que le présent va plus vite que notre imagination,  comment penser demain ? Comment prendre le temps de distinguer ?

Nous avons un devoir d’imagination, de créativité ou comment penser un monde pluriel et collectif plutôt qu’un monde singulier qui nous isole.
Comment inclure dans notre démarche personnelle et professionnelle cette capacité d’adaptation, de projection et d’imagination pour appréhender le futur, pour non pas s’adapter aux changements mais être ce changement.

Reconstruisons notre relation au temps. Petit à petit, pas après pas.
Instaurer ou ré instaurer ces rituels qui nous donne du temps, reprenons conscience de ces moments d’opportunités.

Pour conclure

A la suite de ces premiers éléments de contexte, dans lesquels toute ressemblance avec des personnes ayant existées ou existantes, est totalement fortuite, je vais essayer de mettre le temps dans une boite. Le réduire à une simple expression « Le temps c’est de l’argent ».

Yvon Segui