Une réflexion, comme réponse à des interrogations personnelles.

Je m’interroge depuis des années sur le sujet du temps, je vis un rapport compliqué avec celui-ci.
Je me retrouve tous les jours personnellement confronté à des comportements paradoxaux.
Entre la conviction très forte qu’il me faut ralentir, pour reprendre mon souffle, pour voir plus clair, pour envisager mon environnement plus globalement ou tout simplement pour savourer un peu plus tous ces instants autour de moi.

Mais voilà, il y a cette conviction, cet empirique besoin et la réalité. Je suis continuellement emporté dans un tourbillon de contraintes, d’obligations, à surveiller l’heure qui passe, à courir après le temps, à m’agacer de toutes ces choses qui ne se font pas ….

J’ai l’impression de ne pas être le seul à ressentir ce tiraillement.

Mon but via ces quelques lignes et de partager un sentiment. J’aurais pu travailler sur le thème du temps dans différentes approche, méthode, citer des auteurs, le temps dans la Gestalt, la systémique, l’AT, chez Carl Rogers ou un autre ……

Pour plusieurs raisons je ne le ferai pas, premièrement cela serait trop académique et cela ne me ressemble pas, deuxièmement il me faudrait une vie pour tout parcourir et je n’ai pas ce temps devant moi, troisièmement je pense qu’il faut ressentir notre rapport au temps.

 

Accélération ou lenteur nécessaire ?

Il a fallu 9 milliards d’années pour créer la vie, encore 2,5 milliards pour que l’australopithèque commence à marcher debout.
Le compas et la boussole ont été les rois des outils pendant des siècles, le papyrus et le papier ont conduit à l’invention de l’imprimerie mais il aura fallu des siècles.

Maintenant le rythme technologique est de devenu hystérique.
L’explosion récente de l’informatique, sur les 40 dernières années a modifié nos sociétés, l’économie et nos vies sont régies par l’informatique. Internet a ouvert les accès sur le monde extérieur, réduit les distances et le temps. Le téléphone mobile s’est diffusé plus rapidement en 10 ans que le téléphone fixe en 100 ans.

S’ils étaient confrontés brutalement, il y aurait presque plus de points communs entre un homme préhistorique et un paysan du moyen âge, qu’entre un parent du 20ième siècle et son enfant du 21ième siècle, confronté à un monde d’interfaces tactiles.

Étourdissant.

Pour contre balancer cette « hystérie », j’aime particulièrement ce passage de Kundera « La lenteur » :

« Les êtres lents n’avaient pas bonne réputation. On les disait empotés, on les prétendait maladroits, même s’ils exécutaient des gestes difficiles. On les croyait lourdauds, même quand ils avançaient avec une certaine grâce. On les soupçonnait de ne pas mettre beaucoup de cœur à l’ouvrage. On leur préférait les dégourdis – ceux qui, d’une main leste, savent desservir une table, entendre à mi-voix les ordres et s’empresser à les réaliser et qui, enfin, triomphent dans le calcul mental (…). J’ai choisi mon camp, celui de la lenteur. J’éprouvais trop d’affection pour les méandres du Lot, un petit paresseux, et pour cette lumière qui en septembre s’attarde sur les derniers fruits de l’été et décline insensiblement.
La lenteur c’était à mes yeux la tendresse, le respect la grâce dont les hommes et les éléments sont parfois capable.
»

Comment retrouver cette grâce ? Peut-être devons-nous revenir à cet état de lenteur.

 

Et dans nos vies ?

Aujourd’hui, notre façon de vivre est soumise irrémédiablement à une pression que nous ne dominons pas.

Les horaires nous écrasent et imposent de faire un choix, d’arbitrer constamment notre vie, de négocier avec notre temps privé.
Il y a l’heure sur le micro-onde, sur le four, sur notre box internet, sur cette grande horloge qui pourtant n’a comme vocation que de décorer notre intérieur. Nous vivons dans un open-space, avec des portables, des téléphones mobiles, des messageries instantanées qui nous sollicitent continuellement, des mails qui tombent sans cesse, tout est là, tout est urgent.

Les heures s’enchainent, comme nos pas, soutenus par un tempo immuable, sans rituels autre que de vérifier ses mails, ses textos, ses notifications, le soir avant de se coucher, dans une vraie hantise contrôlée par les minutes et les secondes et par un besoin de virtuelles interactions …

Pas de temps à perdre, pas de démarche silencieuse.

On veut et on doit à tout prix atteindre nos objectifs, le plus rapidement possible.

Il faut à tout prix miser sur les résultats, toujours les résultats.
Le rythme de nos activités devient impitoyable, contre nature, contre-productif ?

– Pourquoi aller vite, comment y arriver ?
– Pourquoi ralentir serait préférable à l’accélération ?
– Comment (re)trouver le temps du sens ou le sens du temps ?
– Comment trouver notre place dans un monde en perpétuel accélération ?
– La technologie nous entraîne-t-elle de manière irrémédiable dans la virtualité et l’immédiateté ?

Un unique objectif : tout dépasser, nous dépasser.

Qui n’a pas vécu cette situation tant sur le plan personnel que professionnel, se sentir dépassé par les objectifs, ne plus avoir de temps pour tout traiter ou de temps pour soi.

Pour atteindre la performance, comme tout sportif de haut niveau il faut respirer. La performance collective dépendra de la performance individuelle.

 

Et après demain ?

Avez-vous remarqué à quel point le futur s’est rapproché de nous ?

Un jour alors que je regardais avec mes enfants un film, l’action se déroulait dans un futur lointain, celui de 2054.
2054 tout de même, alors que nous n’étions pas encore fin 2019 pour un film datant de 2002. Voilà tout simplement ma fille de 11 ans, qui rassasiée par ces 2h d’images me fait remarquer qu’il n’y a rien de bien futuriste dans ce film.
En 2002 on pouvait encore un peu se projeter dans un monde futuriste, 2019 ce n’est déjà plus le futur, il est déjà presque réalisé.

Là où moi j’ai une conception linéaire du temps, le présent est une conséquence du passé et la cause d’un futur, pour elle, il semble que le temps fait le chemin inverse, le futur vient au final provoquer le présent, les deux se confondent.

Pour elle le futur est déjà présent, mais il y a quoi après.
Parce que quand le futur est déjà là, que le présent va plus vite que notre imagination,  comment penser demain ? Comment prendre le temps de distinguer ?

Nous avons un devoir d’imagination, de créativité ou comment penser un monde pluriel et collectif plutôt qu’un monde singulier qui nous isole.
Comment inclure dans notre démarche personnelle et professionnelle cette capacité d’adaptation, de projection et d’imagination pour appréhender le futur, pour non pas s’adapter aux changements mais être ce changement.

Reconstruisons notre relation au temps. Petit à petit, pas après pas.
Instaurer ou ré instaurer ces rituels qui nous donne du temps, reprenons conscience de ces moments d’opportunités.

Pour conclure

A la suite de ces premiers éléments de contexte, dans lesquels toute ressemblance avec des personnes ayant existées ou existantes, est totalement fortuite, je vais essayer de mettre le temps dans une boite. Le réduire à une simple expression « Le temps c’est de l’argent ».

Yvon Segui